Quel impôt paie un concubin sur le capital d’une assurance vie ?
Cela dépend du contrat, pas du couple. Le capital d’une assurance de risque pur est un revenu du concubin, imposé à part à taux réduit, exactement comme pour un conjoint. Celui d’une assurance rachetable échappe à l’impôt sur le revenu, mais tombe en général dans l’impôt cantonal sur les successions, dont le conjoint est exonéré et le concubin souvent pas.
| Au décès, capital versé au survivant | Couple marié | Couple non marié |
|---|---|---|
| Assurance de risque pur | Revenu imposé à part, taux réduit | Même régime |
| Assurance rachetable, pilier 3b | Conjoint en principe exonéré d’impôt successoral | Impôt sur les successions dans la plupart des cantons |
| Rente de survivant AVS | Oui, selon conditions | Non |
| Héritier légal sans testament | Oui | Non |
Ces deux régimes pour un même « capital décès » sont la pièce centrale de la fiscalité complète d’une police. Pour un couple non marié, ils décident de ce qui arrive réellement sur le compte du survivant.
Le trou de protection que l’assurance vie doit combler
L’AVS verse une rente de veuve ou de veuf au conjoint survivant, pas au partenaire de vie. Les enfants communs touchent la rente d’orphelin, mariés ou non. Côté 2e pilier, la loi permet aux caisses de pension de prévoir une prestation pour la personne qui a partagé une communauté de vie d’au moins cinq ans ou élève un enfant commun : c’est une faculté du règlement, pas un droit.
Le droit successoral ne compense rien. Le concubin n’est pas héritier légal : sans testament, il ne reçoit rien de la succession. Depuis la révision entrée en vigueur en 2023, les parents ne sont plus héritiers réservataires, et une personne sans descendant, conjoint ni partenaire enregistré peut léguer toute sa succession à son partenaire. Avec des enfants, la moitié de leur part légale reste protégée, et une assurance vie compte dans ce calcul pour sa valeur de rachat au décès.
Le pilier 3a ne règle pas non plus la question, et ce n’est pas le sujet de cette page : le partenaire n’y figure comme bénéficiaire qu’après cinq ans de vie commune ininterrompue, s’il doit entretenir un enfant commun ou si le défunt subvenait de façon substantielle à son entretien. En pilier 3b, le preneur désigne qui il veut. C’est pourquoi l’assurance vie libre reste l’outil de base du couple non marié.
Ce que coûte un capital rachetable au concubin, canton par canton
Vaud et Neuchâtel citent expressément les prestations d’assurances rachetables dans leur loi sur les successions ; Genève et Fribourg y soumettent les sommes d’assurance versées au décès qui ne sont pas imposées comme revenu. Le taux applicable au concubin est alors celui des personnes sans lien de parenté, sauf régime propre :
- Valais : aucun impôt pour les personnes « vivant en concubinage éprouvé depuis 5 ans au moins ou qui ont un enfant en commun » ; 25 % sinon.
- Neuchâtel : 20 % après cinq ans de ménage commun, 45 % sinon, sans impôt communal.
- Fribourg : 8,25 % après dix ans de ménage commun avec le même domicile fiscal, 22 % sinon, avant d’éventuels centimes communaux.
- Jura : 14 % après plus de dix ans de ménage commun, 35 % sinon.
- Vaud et Genève : aucun régime pour les concubins, qui paient le barème des non-parents, plus les centimes que les communes vaudoises peuvent prélever et les centimes additionnels cantonaux à Genève.
Exemple en hypothèses d’école, sur un capital rachetable de 200 000 francs. À Neuchâtel, un conjoint ne paie rien ; un concubin paie 90 000 francs, ou 40 000 francs après cinq ans de vie commune. À Genève, les droits atteignent 49 760 francs, auxquels s’ajoutent 110 centimes additionnels par franc, soit 104 496 francs au total, plus de la moitié du capital. Le détail des taux pour les conjoints et les enfants, et les règles de la clause bénéficiaire, sont dans l’impôt sur le capital reçu selon le lien de parenté.
Le constat est rude : dans les cantons sans régime pour les concubins, une assurance rachetable peut perdre la moitié de sa valeur en arrivant chez le partenaire. Une assurance de risque pur suit une autre logique, l’impôt sur le revenu à taux réduit, dont le montant se calcule sur le barème de votre canton : c’est ce calcul qu’il faut mettre en face, en sachant qu’un tel contrat ne constitue aucune épargne.