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Rente viagère en Suisse : à quelles conditions elle devient rentable

Une rente viagère suisse transforme un capital en revenu garanti jusqu'au décès, mais ce revenu à vie n'est rentable qu'au-delà d'un seuil précis : le nombre d'années nécessaires pour récupérer la mise. Sur un contrat courant de prévoyance libre, ce seuil se situe autour de 26 ans de versements, soit un décès après 91 ans pour une souscription à 65 ans. La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2025 a toutefois changé le calcul en profondeur : la part soumise à l'impôt sur le revenu est passée d'un forfait de 40 % à 4 % pour un contrat conclu en 2026. Les articles qui raisonnent encore sur 40 % sont périmés, y compris chez de grands établissements.

Par Elio Brunet Publié le 24 août 2026 Lecture : 8 minutes
Un couple de retraités assis à la table de leur cuisine, une tasse de café et des documents financiers devant eux

L'essentiel en 30 secondes

  • Le capital investi est remboursé après environ 26 ans de rente : une souscription à 65 ans place le point d'équilibre vers 91 ans.
  • La part soumise à l'impôt est passée du forfait de 40 % à 4 % pour un contrat conclu en 2026, depuis la réforme du 1er janvier 2025.
  • Le droit de timbre fédéral de 2,5 % ampute la prime unique dès l'entrée : sur 100 000 francs, 2 439 francs partent avant tout calcul.

Ce qu’est une rente viagère, en une phrase et un exemple

Une rente viagère est un contrat par lequel vous versez un capital à un assureur, qui s’engage à vous payer un montant fixe jusqu’à votre décès. Le rentier échange un patrimoine disponible contre une certitude de revenu. En Suisse, ces contrats relèvent du pilier 3b, la prévoyance libre, et se souscrivent le plus souvent par une prime unique.

L’exemple publié par Retraites Populaires donne l’ordre de grandeur réel. Sur 100 000 francs investis, le droit de timbre fédéral prélève 2 439 francs, et 97 561 francs financent effectivement l’assurance. Une personne de 65 ans qui demande le versement immédiat touche 3 832 francs par an à vie. Si elle souscrit à 60 ans et attend 65 ans pour percevoir, la rente annuelle monte à 4 260 francs. Ces montants correspondent à une variante qui restitue la valeur résiduelle aux héritiers : une rente sans restitution verse davantage, en échange de l’abandon de tout capital au décès.

Rente immédiate ou rente différée

La rente immédiate démarre dès la conclusion du contrat. La rente différée s’active à une date convenue, ce qui laisse le capital travailler quelques années de plus et augmente le montant versé. L’écart entre 3 832 et 4 260 francs dans l’exemple ci-dessus mesure exactement ce que rapportent cinq ans d’attente.

Le calcul qui décide de tout : à quel âge votre capital est remboursé

La rentabilité d’une rente viagère ne dépend ni du rendement annoncé ni de la solidité de l’assureur. Elle dépend d’une seule variable : votre durée de vie après la souscription. Le taux de conversion appliqué par l’assureur fixe la rente, et l’inverse de ce taux donne le nombre d’années nécessaires pour récupérer la mise.

Reprenons l’exemple. Une rente de 3 832 francs sur un capital de 100 000 francs rembourse la mise en 26,1 ans. Une souscription à 65 ans place donc le point d’équilibre à 91 ans. En deçà, une partie du capital reste chez l’assureur ; au-delà, chaque année de vie est un gain net.

Ce que dit l’espérance de vie suisse

L’Office fédéral de la statistique fournit le contrepoint. Pour la génération née en 1952, qui a atteint 65 ans en 2017, la durée de vie restante est estimée à un peu plus de 21 ans pour les hommes et un peu moins de 25 ans pour les femmes. Le décès moyen tombe donc vers 86 ans pour les premiers et 90 ans pour les secondes, soit avant le seuil de 91 ans de notre exemple.

Cette espérance de vie moyenne est la raison pour laquelle une partie des conseillers considère le contrat viager comme rarement avantageux sur le plan strictement financier. Ce raisonnement est exact en moyenne, et c’est précisément pour cette raison qu’il ne dit rien de votre cas : une moyenne ne décrit personne. Un rentier en bonne santé, avec une longévité familiale marquée, se situe dans la moitié de la distribution où le contrat devient gagnant.

Ce que l’impôt prend réellement sur votre rente

C’est le point sur lequel la plupart des articles disponibles sont périmés, y compris chez de grands établissements. Jusqu’à l’année fiscale 2024, une fraction fixe de 40 % de la rente était considérée comme un revenu imposable, le solde étant traité comme un remboursement de capital exonéré. Ce forfait a disparu.

Depuis le 1er janvier 2025, l’article 22 alinéa 3 de la loi fédérale sur l’impôt fédéral direct fixe la part de rendement imposable en fonction du taux d’intérêt technique maximal en vigueur l’année de conclusion du contrat. L’Administration fédérale des contributions publie la table correspondante. Pour un contrat d’assurance de rente viagère suisse soumis à la LCA conclu en 2025 ou en 2026, le taux technique maximal est de 0,35 % et la part de rendement imposable des prestations garanties est de 4 %. Les éventuelles prestations excédentaires sont imposées à 70 %.

Année de conclusion Part imposable des prestations garanties
Jusqu’en 2024 (ancien régime) 40 % forfaitaires
2016 6 %
2017 à 2024 1 %
2025 et 2026 4 %

La conséquence est directe : à revenu identique, la charge fiscale d’un nouveau contrat est divisée par dix par rapport à l’ancien régime. La comparaison avec une rente de caisse de pension, imposable à 100 % comme revenu, s’en trouve modifiée. Cela ne suffit pas à rendre la rente viagère supérieure dans tous les cas, mais tout raisonnement fondé sur le forfait de 40 % est aujourd’hui faux.

Les contrats qui ne suivent pas cette règle

La table de l’Administration fédérale des contributions ne couvre que les assurances de rentes viagères suisses soumises à la LCA. Pour une rente viagère étrangère, une rente selon le code des obligations ou un contrat d’entretien viager, la part de rendement est fixée chaque année selon le rendement des obligations de la Confédération à dix ans, et il revient au contribuable de la déterminer lui-même. Dans le premier cas, l’assureur atteste le montant imposable et aucun calcul personnel n’est requis.

Pourquoi les grands acteurs ne disent pas la même chose

Un lecteur qui compare les publications du marché tombe sur deux discours opposés, et l’écart s’explique par leur date plus que par leur méthode.

UBS présente la rente à vie comme fiscalement avantageuse en s’appuyant sur la part imposable de 40 %, en précisant que ce chiffre correspond à l’état 2024 et que le mode de calcul sera révisé. Ce conditionnel n’a plus lieu d’être : la réforme est en vigueur depuis dix-huit mois. Le Vermögenszentrum, de son côté, titre que ces contrats sont rarement rentables et prend acte du changement de 2025, sans donner le taux applicable aujourd’hui. Retraites Populaires et la BCV publient des exemples chiffrés utiles mais rattachés à leur propre offre. Swiss Life, AXA et Helvetia commercialisent le produit et documentent surtout ses garanties.

La donnée qui tranche est publique et gratuite : la table de l’Administration fédérale des contributions (AFC), qui fixe la part de rendement imposable année par année. C’est elle qu’il faut ouvrir avant de comparer une offre, et non l’argumentaire d’un vendeur ou un article non daté.

Rente garantie contre capital disponible : ce que vous échangez

Le contrat de rente viagère achète une sécurité et vend une liberté. Ce que vous gagnez tient en trois points : un revenu qui ne s’arrête jamais de votre vivant, l’absence de gestion de patrimoine et de frais de dépôt, et la disparition du risque de survivre à son épargne.

Ce que vous cédez est tout aussi net. Le capital devient indisponible, ce qui interdit tout retrait pour un imprévu et rend la valeur de rachat quasi nulle. Le rendement est structurellement bas, car l’assureur garantit et facture cette garantie. L’inflation ronge un montant fixe année après année, sauf participation aux excédents, qui reste aléatoire et n’est jamais promise. Enfin, la succession se réduit à ce que la clause bénéficiaire prévoit.

Un dernier point mérite d’être posé à votre conseiller plutôt que lu dans un article : le traitement du contrat au regard de l’impôt sur la fortune relève des règles cantonales et dépend de la forme retenue. Toute optimisation fiscale annoncée sans référence à votre canton de domicile doit être vérifiée avant signature, au même titre qu’une éventuelle déduction fiscale des primes, qui ne s’applique pas en prévoyance libre comme elle le ferait en prévoyance liée.

Le rôle du bénéficiaire et de la clause de restitution

Un contrat nu s’arrête au décès du rentier, et le solde reste chez l’assureur. Les conventions de restitution du capital ou de garantie corrigent cela : le bénéficiaire désigné reçoit le capital initial diminué des rentes déjà versées, ou sa valeur résiduelle selon la variante. Une rente de survivant, aussi appelée rente de réversion, prolonge le versement au profit du conjoint survivant, en général à un pourcentage convenu du montant initial.

Chacune de ces protections a un prix, prélevé sur le montant versé chaque année : c’est l’arbitrage central du contrat. Plus la restitution du capital est généreuse pour la succession, plus la rente du vivant est faible. L’exemple de Retraites Populaires cité plus haut, à 3 832 CHF par an, intègre déjà une clause de ce type ; une formule sans aucune restitution verserait davantage.

Comment situer une rente viagère face aux autres revenus de retraite

Une rente viagère ne remplace pas les revenus obligatoires, elle s’ajoute à eux. La rente AVS et celle de la caisse de pension constituent le socle ; la rente viagère intervient sur le capital de prévoyance libre ou sur un patrimoine disponible, pour combler l’écart qui subsiste. Le calcul mérite d’être fait avant, et non après, la retraite anticipée éventuelle, car le montant versé dépend de l’âge à la souscription.

La question de convertir un avoir de caisse de pension en rente viagère privée appelle une réponse prudente : le versement du capital de prévoyance déclenche un impôt unique qui réduit la somme investie, et le taux de conversion offert par un assureur privé est généralement inférieur à celui de la caisse. Cette comparaison relève de la prévoyance professionnelle et se traite avec les chiffres de votre certificat.

Ce qui reste à vos proches si vous décédez tôt

Le sort du capital au décès dépend entièrement de la variante souscrite. Sans clause particulière, il n’en reste rien. Avec restitution, les héritiers reçoivent le capital investi diminué des rentes de base déjà payées, hors droit de timbre. Certaines formules préservent l’intégralité du capital initial pour la succession, en échange d’une rente sensiblement réduite.

La valeur de rachat, elle, est très limitée sur ce type de contrat : une rente viagère en cours n’est pas conçue pour être interrompue, contrairement à une assurance vie mixte. C’est un point à vérifier avant signature, pas après.

Vos questions

Une rente viagère est-elle rentable en Suisse ?

Elle le devient au-delà du seuil de remboursement du capital, situé autour de 26 ans de versements sur un contrat courant, soit un décès après 91 ans pour une souscription à 65 ans. En dessous, une partie du capital reste chez l'assureur. La réforme fiscale de 2025 a amélioré le rendement net en abaissant la part imposable à 4 % pour un contrat conclu en 2026.

Comment est imposée une rente viagère en 2026 ?

Pour un contrat suisse soumis à la LCA conclu en 2026, la part de rendement imposable des prestations garanties est de 4 %, et celle des prestations excédentaires de 70 %. Le forfait de 40 % appliqué jusqu'à l'année fiscale 2024 n'existe plus. L'assureur atteste le montant imposable, que le contribuable reporte dans sa déclaration.

Quelle différence entre une rente viagère immédiate et différée ?

La rente immédiate débute dès la conclusion du contrat, la rente différée à une date convenue plus tard. Le différé laisse le capital produire des intérêts et augmente le montant versé : dans l'exemple de Retraites Populaires, 3 832 francs par an en versement immédiat à 65 ans contre 4 260 francs pour une souscription à 60 ans avec versement à 65 ans.

Que touchent mes héritiers si je décède rapidement ?

Cela dépend de la clause souscrite. Sans convention de restitution, le contrat s'éteint et rien n'est versé. Avec restitution, le bénéficiaire reçoit le capital initial diminué des rentes déjà payées. Une rente de survivant prolonge le versement au conjoint. Chaque protection réduit le montant de la rente.

Quel est le coût d'entrée d'une rente viagère ?

Le droit de timbre fédéral prélève 2,5 % de la prime unique. Sur 100 000 francs investis, 2 439 francs sont prélevés et 97 561 francs financent réellement l'assurance. Ce coût s'ajoute aux frais intégrés dans le taux de conversion proposé par l'assureur.

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