La rente annuelle vaut le capital net investi divisé par le facteur de rente. Ce facteur est la valeur actuelle d’une rente de 1 franc par an servie à vie : pour chaque échéance, la probabilité d’être en vie, lue dans une table de mortalité, multipliée par l’actualisation au taux technique, le tout additionné. Plus l’espérance de vie est longue ou le taux bas, plus le facteur monte et plus la rente baisse.
Prenons un homme de 65 ans qui confie 100 000 francs à un assureur en versement unique, avec restitution du capital au décès. Le droit de timbre prélève 2 439 francs et laisse 97 561 francs. Selon notre base centrale, chaque franc de rente annuelle coûte 27,37 francs de prime, restitution comprise : la rente atteint 3 564 francs par an, soit 297 francs par mois. Rapportée à la somme versée, elle représente un rendement brut de 3,56 %, un chiffre qui change avec chaque âge et chaque option.
Pour estimer votre propre rente, le calculateur ci-dessous refait ce calcul. Il ne demande aucune coordonnée.
Nous ne reproduisons aucun tarif : en prévoyance libre (pilier 3b, le troisième pilier non lié), chaque assureur fixe le sien et ne le publie pas. Le calcul assemble quatre briques publiques, vérifiées sur leur source le 15 octobre 2026.
La table de mortalité de l’OFS
La probabilité de survie vient de l’Office fédéral de la statistique, par âge et par sexe. Nous utilisons deux tables. La table de période 2025, publiée en septembre 2026, décrit la mortalité observée l’an dernier : à 65 ans, elle donne une espérance de vie de 20,7 ans pour un homme et de 23,2 ans pour une femme. La table par génération, édition 2023, projette les progrès de longévité pour chaque année de naissance : 22,3 et 25,4 ans au même âge pour la génération 1961.
Un assureur doit tarifer avec des bases biométriques adéquates, vérifiées chaque année (art. 120 de l’ordonnance sur la surveillance, OS) : la table par génération, la plus proche de cette exigence, porte notre chiffre central.
Le taux technique plafonné par la FINMA
Le taux technique est le rendement que l’assureur garantit sur le capital pendant toute la durée du contrat. Pour les contrats en francs suisses, la FINMA le plafonne à 0,35 % depuis le 1er septembre 2024, à partir d’une moyenne sur quatre ans du rendement des obligations de la Confédération (art. 121 OS). Nous retenons ce maximum pour le chiffre central et la borne haute, et 0,05 %, le plafond de 2017 à 2024, pour la borne basse. Pas 0 % : à taux nul, une rente avec restitution ne verserait plus rien.
Le droit de timbre, seulement avec restitution
La loi fédérale sur les droits de timbre prélève 2,5 % de la prime nette sur une assurance sur la vie rachetable (art. 24 LT). Une rente avec restitution de prime est rachetable au sens de l’ordonnance (art. 26a OT) ; une rente sans restitution ne l’est pas et échappe au droit. Le capital saisi s’entend droit compris : 100 000 francs donnent 97 561 francs de prime nette.
La fourchette, et ce qu’elle mesure
- Borne basse : table par génération, taux de 0,05 %.
- Chiffre central : table par génération, taux de 0,35 %.
- Borne haute : table de période 2025, taux de 0,35 %.
La rente est versée à terme échu. Au décès, le bénéficiaire reçoit la prime nette moins les rentes déjà payées, pendant le différé comme après.
Ce que 100 000 francs versent selon l’âge et le sexe
L’âge à la souscription pèse plus que tout le reste : de 55 à 75 ans, la rente d’un homme progresse de 81 %. Estimation centrale et, entre parenthèses, fourchette, pour une rente immédiate mensuelle avec restitution :
| Âge à la souscription |
Rente mensuelle d’un homme |
Rente mensuelle d’une femme |
| 55 ans |
229 CHF (194 à 243) |
217 CHF (184 à 233) |
| 60 ans |
259 CHF (219 à 273) |
244 CHF (206 à 261) |
| 65 ans |
297 CHF (249 à 311) |
278 CHF (233 à 296) |
| 70 ans |
347 CHF (289 à 361) |
321 CHF (268 à 342) |
| 75 ans |
414 CHF (341 à 427) |
379 CHF (313 à 403) |
La rente est proportionnelle au capital : 250 000 francs donnent deux fois et demie ces montants. À âge égal, une femme touche 5 à 9 % de moins, parce que la table lui prête plus d’années de rente.
Rente viagère immédiate ou différée
Souscrire à 60 ans pour une première rente à 65 ans porte la rente estimée d’un homme de 297 à 307 francs par mois, et celle d’une femme de 278 à 286 francs. Le gain reste modeste, de l’ordre de 3 %, parce que le capital ne progresse qu’à 0,35 % et que les héritiers restent protégés pendant l’attente. Notre comparaison détaille ce que rapporte une rente différée face à une rente immédiate.
Avec ou sans garantie de restitution
Y renoncer relève la rente d’un homme de 65 ans de 297 à 391 francs par mois, sans droit de timbre, mais plus rien ne revient au bénéficiaire au décès. La garantie de restitution coûte donc environ 24 % de la rente. La rente de réversion, qui prolonge le versement au conjoint survivant, n’est pas chiffrée par le calculateur : son prix dépend de l’âge des deux conjoints.
À quel âge votre capital est remboursé
Le point mort est l’âge où les rentes cumulées égalent la somme versée. Pour notre homme de 65 ans avec restitution, 100 000 francs divisés par 3 564 francs donnent 28,1 ans : le capital est rendu vers 93 ans. Sans restitution, 21,3 ans suffisent, soit 86 ans.
L’OFS fournit le contrepoint : selon la table 2025, un homme de 65 ans sur cinq atteint 93 ans, et une femme sur cinq atteint 95 ans, son propre point mort. Avant ce seuil, les proches récupèrent la différence : ce contrat se juge moins sur son rendement que sur la sécurité d’un complément de revenu à la retraite, en plus des rentes AVS et LPP. Notre guide examine à quelles conditions une rente viagère devient rentable.
L’impôt sur la rente : 4 % de la rente garantie
Depuis le 1er janvier 2025, seule la part de rendement d’une rente viagère est imposable, à l’impôt fédéral direct (art. 22 al. 3 LIFD) comme aux impôts cantonaux et communaux (art. 7 al. 2 LHID). Pour un contrat soumis à la LCA, elle dépend du taux technique maximal de l’année de conclusion, et l’Administration fédérale des contributions (AFC) publie la table qui en découle : 4 % de la rente garantie pour un contrat conclu en 2026.
Sur 3 564 francs de rente, 143 francs par an entrent donc dans l’impôt sur le revenu, au barème de votre canton. La participation aux excédents, jamais garantie, est imposable à 70 %. L’ancien forfait de 40 % a disparu. Tant que le contrat garde une valeur de rachat, celle-ci est soumise à l’impôt sur la fortune, et la somme restituée au décès relève de la succession. Les contrats anciens et les rentes étrangères suivent d’autres règles, présentées dans notre article sur l’imposition de la rente viagère.
Reste l’inflation : fixe, la rente garantie perd du pouvoir d’achat à chaque hausse des prix.
Estimation, simulateur ou offre : ce qui les sépare
Notre résultat est une estimation actuarielle, pas une offre d’assureur. Une offre part des mêmes mécanismes, mais ajoute des frais, des marges de prudence et les tables de la compagnie, établies sur les personnes qu’elle assure plutôt que sur toute la population, avec un taux de 0,35 % au plus. Elle peut s’écarter de notre fourchette dans un sens comme dans l’autre.
L’exemple publié par Retraites Populaires le montre : 3 832 francs par an pour 100 000 francs investis à 65 ans, en versement annuel, avec la valeur résiduelle léguée aux héritiers. Réglé en versement annuel, notre calculateur donne pour un homme 3 630 francs au centre et 3 806 francs en borne haute ; pour une femme, 3 386 et 3 623 francs. L’exemple ne précise ni le sexe, ni la date, ni la définition de la valeur résiduelle : il se situe juste au-dessus de notre borne haute masculine. Pour le différé, il annonce 4 260 francs après une souscription à 60 ans, soit 11,2 % de plus, quand le taux actuel n’en permet qu’environ 3 % dans notre calcul : un exemple non daté peut refléter des taux plus élevés qu’aujourd’hui.
Beaucoup de simulateurs en ligne appliquent un taux générique, parfois emprunté à la LPP, raisonnent sans restitution et oublient le droit de timbre. Seule une offre écrite, établie sur votre âge, votre sexe et vos options, engage un montant.