Ce que change le différé, en une comparaison chiffrée
L’exemple de Retraites Populaires porte sur un capital de 100 000 francs et compare deux trajectoires qui aboutissent au même point de départ des versements, à 65 ans.
| Situation | Rente annuelle à vie |
|---|---|
| Souscription à 65 ans, versement immédiat | 3 832 CHF |
| Souscription à 60 ans, versement différé à 65 ans | 4 260 CHF |
La différence est de 428 francs par an, à vie. Elle rémunère les cinq années pendant lesquelles le capital est resté chez l’assureur sans rien verser. En rendement annualisé, cette immobilisation rapporte 2,14 %.
C’est là que se pose la seule question qui vaille : ce capital, entre 60 et 65 ans, pouvez-vous le faire travailler à plus de 2,14 % net d’impôts et de frais ? Si oui, le différé vous coûte de l’argent. Si non, il vous en rapporte. Aucune considération de confort ou de sécurité ne remplace ce calcul, parce que dans les deux cas la rente est garantie à vie de la même manière.
Pourquoi attendre augmente le montant versé
Deux mécanismes se cumulent pendant la période de différé, et ils vont dans le même sens.
Le premier est le rendement : le capital reste placé chez l’assureur, produit des intérêts au taux technique du contrat, et le montant converti en rente est donc plus élevé au moment du déclenchement. Le second est actuariel : à la date où les versements commencent, la durée de vie restante estimée est la même dans les deux cas, mais le capital converti est plus important. L’assureur applique son taux de conversion à une base plus large.
À l’inverse, plus la période de différé est longue, plus l’écart se creuse. Une rente viagère différée souscrite à 50 ans pour un déclenchement à 65 ans capitalise quinze ans, et l’écart avec une souscription tardive devient considérable. C’est le seul levier qui augmente une rente viagère sans réduire aucune garantie.
Ce qui se passe si vous décédez pendant le différé
C’est la question que les brochures traitent le moins, et elle change pourtant le profil de risque du contrat.
En cas de décès de l’assuré avant le début du versement des rentes, le capital constitué est en principe remboursé aux héritiers. Le différé n’est donc pas une période de risque à fonds perdus : la somme immobilisée reste rattachée à votre patrimoine, et c’est ce qui distingue cette phase de la rente elle-même, où le capital est bel et bien engagé.
La clause bénéficiaire mérite d’être relue à cette occasion, puisque c’est elle qui désigne qui reçoit ce capital et à quelles conditions, et qu’elle commande le traitement de la succession. Ce point doit être vérifié dans les conditions générales, car il dépend de la formule souscrite. Un contrat qui ne prévoirait aucun remboursement pendant le différé transformerait ces années en pari pur, ce qui n’a plus rien à voir avec l’arbitrage de rendement décrit plus haut.
Les deux phases du contrat différé
Une rente viagère différée se lit en deux temps, et confondre les deux est la source de la plupart des malentendus.
La phase de constitution court de la signature au premier versement. Le capital est chez l’assureur, il produit des intérêts, et le contrat conserve en principe une valeur de rachat mobilisable ainsi qu’une garantie de restitution au bénéficiaire désigné en cas de décès. Rien n’est encore aliéné définitivement.
La phase de rente commence au déclenchement. C’est à ce moment que se produit l’aliénation du capital : il devient la contrepartie de revenus garantis à vie, et la valeur de rachat s’éteint ou se réduit à ce que la clause de restitution prévoit. Le basculement d’une phase à l’autre est le vrai point de non-retour du contrat, plus que la signature elle-même.
Quand le différé est le bon choix
Trois situations le rendent pertinent. La première est celle du futur retraité qui dispose d’un capital dont il n’a pas besoin dans l’immédiat et qui souhaite verrouiller aujourd’hui un revenu garanti pour plus tard, à un taux connu d’avance. La deuxième concerne celui qui anticipe une baisse durable des taux : conclure maintenant fige les paramètres du contrat, taux technique compris. La troisième est fiscale, puisque la fraction imposable de la rente est déterminée par l’année de conclusion du contrat et non par celle du premier versement.
À l’inverse, le différé est un mauvais choix si vous avez besoin de liquidité dans l’intervalle, si votre capital est déjà investi à un rendement supérieur, ou si votre espérance de vie est réduite pour des raisons de santé. Dans ce dernier cas, la rente viagère immédiate met au moins les versements en route sans délai.
Une remarque s’impose sur le vocabulaire de la prévoyance. Ces contrats relèvent du pilier 3b, la prévoyance libre, et non de la prévoyance liée : aucune déduction fiscale des primes n’y est attachée dans la majorité des cantons, et le capital reste disponible tant que la phase de rente n’a pas commencé. Cette liberté est précisément ce qui rend le choix du moment possible.
Rente viagère et rente certaine : ne pas confondre
Les catalogues des assureurs suisses proposent, à côté des rentes viagères, des rentes dites certaines. La confusion est fréquente et elle porte sur un point essentiel.
Il faut y ajouter une troisième option, la rente réversible, qui prolonge le versement au profit du conjoint survivant et permet de protéger son conjoint au prix d’un montant plus faible. Une rente viagère, immédiate ou différée, se verse aussi longtemps que le bénéficiaire est en vie, y compris quand le capital versé a été entièrement consommé. Une rente certaine se verse sur une durée fixée d’avance, dix ou vingt ans par exemple, et s’arrête au terme même si le rentier est toujours vivant. La première couvre le risque de longévité, la seconde non. Elles ne répondent donc pas au même besoin, et leurs taux ne se comparent pas.
Comment décider concrètement
La démarche tient en trois étapes. Demandez à chaque assureur les deux offres, immédiate et différée, sur le même capital et avec les mêmes options de restitution : sans cette symétrie, la comparaison ne veut rien dire. Calculez ensuite le rendement implicite du différé en divisant la rente différée par la rente immédiate et en ramenant l’écart au nombre d’années d’attente. Comparez enfin ce chiffre au rendement net que vous obtiendriez ailleurs sur la même durée, en tenant compte de votre situation fiscale.
Ce calcul se fait en cinq minutes et il tranche une question que les conseillers présentent souvent comme une affaire de préférence personnelle. C’est une affaire de taux.