La phrase du régulateur qui compte
Le rapport annuel de la FINMA sur le marché de l’assurance est un document statistique. Une phrase de la page 10 dépasse pourtant le cadre comptable : « Pour faire face à cette situation, les entreprises d’assurance-vie ont opté pour la réduction des garanties sur le long terme. En revanche, les produits avec taux d’intérêt garantis n’ont plus été proposés ou alors avec un taux garanti souvent de 0 %. »
La situation en question est décrite juste avant par le régulateur : côté actifs, les placements devaient être renouvelés en permanence à un niveau de rendement plus faible, alors que côté passifs, les engagements restaient assortis de garanties d’intérêt à long terme.
Autrement dit, les assureurs portent des promesses anciennes coûteuses, et ont cessé d’en émettre de nouvelles.
Ce que les chiffres disent de leur situation
Le rendement des placements des assureurs vie s’établit à 2,31 % en 2025, contre 2,41 % l’année précédente. C’est nettement en dessous du reste du marché : 7,77 % pour les assureurs dommages, 6,96 % pour les réassureurs, 5,00 % pour l’ensemble. La FINMA attribue l’écart à la fortune liée et à une politique de placement moins encline aux risques.
Le bénéfice agrégé, lui, progresse de 10,2 % à 1,75 milliard de francs. La cause n’est pas le rendement, et le régulateur l’écrit : cette rentabilité accrue est principalement due à une politique rigoureuse de gains d’efficience visant les charges d’exploitation, en recul de 7,9 %, ainsi qu’à une dissolution importante dans les autres engagements actuariels, pour un allègement de plus d’un milliard de francs. Le résultat des placements a chuté de 8,5 %.
Le rendement des fonds propres atteint 17,49 %, contre 15,25 % en 2024.
Où va le marché
Les primes brutes du secteur vie atteignent 24,53 milliards de francs, en hausse de 3,7 %. Hors réassurance acceptée, la progression tombe à 0,3 %.
La ventilation est plus parlante que le total. L’assurance collective en prévoyance professionnelle, qui pèse 57,5 % du marché avec 14,12 milliards, recule de 1,8 %, et sa réserve mathématique de 2,6 %. À l’inverse, la prévoyance individuelle progresse : assurance de capital à 4,07 milliards (+2,5 %), assurance liée à des parts de fonds à 2,26 milliards (+6,9 %), et assurance individuelle de rente à 292 millions, en hausse de 27,3 % sur une base il est vrai modeste.
Le rapport ne donne pas la cause de ce recul du collectif, et il faut se garder d’en inventer une.
Le marché reste concentré : 19 entreprises assujetties, dont les six plus grandes représentent 85,2 % des affaires directes suisses. La FINMA parle d’un marché « largement oligopolistique » où il reste difficile pour les nouveaux venus de gagner des parts.
Dans la comptabilité de la prévoyance professionnelle assurée, le résultat du processus de risque, celui qui couvre le décès et l’invalidité, tombe à 94 millions de francs en 2025. Il était de 379 millions en 2024, 653 millions en 2023 et 679 millions en 2022.
La FINMA note seulement que le solde des primes de risque et de frais a baissé, sans expliquer la chute. Toute cause avancée, hausse des cas d’invalidité, tarification ou reprise de réserves, serait une hypothèse et non un constat.
Sur la même comptabilité, la quote-part de distribution atteint 94,8 % au total et 93,0 % dans les affaires soumises à la quote-part minimale, pour un plancher légal de 90 %.
Ce que ça change pour votre contrat
D’abord ce que ça ne change pas : un contrat déjà conclu conserve la garantie qui y est inscrite. Le constat porte sur les produits proposés en 2025, et c’est justement le poids des engagements anciens que le rapport décrit.
Ensuite, ce que ça déplace pour une souscription nouvelle. Si la composante de rendement garanti disparaît, la valeur d’un contrat d’assurance vie se juge sur ce qu’il couvre plutôt que sur ce qu’il promet de rapporter : le capital versé en cas de décès, la garantie d’incapacité de gain, la désignation du bénéficiaire et le cadre fiscal choisi. C’est aussi ce qui distingue un contrat d’assurance vie d’un placement, et la distinction devient plus nette à mesure que la garantie d’intérêt s’efface.
Une réserve pour finir, parce qu’elle limite ce qu’on peut tirer de ce document : le rapport ne dit rien des rachats de contrats, ne compte pas les polices, et ne distingue jamais le pilier 3a du pilier 3b. Il raisonne en primes et en réserve mathématique, par branche technique. Toute lecture par régime fiscal en serait une déformation.