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Marché de l'assurance

Assurance vie : le taux garanti a quasiment disparu, écrit la FINMA

La FINMA a publié le 20 août son rapport sur le marché de l'assurance 2025. Une phrase y concerne directement quiconque détient ou envisage un contrat d'assurance vie : les produits avec taux d'intérêt garanti n'ont plus été proposés, ou alors avec un taux garanti souvent nul. La promesse d'un contrat se déplace donc ailleurs.

Par Elio Brunet Lecture : 4 minutes 3 sources citées Chiffres arrêtés au 31 décembre 2025
Façade d'un immeuble de bureaux suisse en verre et pierre, vue depuis la rue

Ce qu'il faut retenir

  • La FINMA écrit que les assureurs vie ont « opté pour la réduction des garanties sur le long terme » et que les produits à taux d'intérêt garanti « n'ont plus été proposés ou alors avec un taux garanti souvent de 0 % ».
  • Le bénéfice agrégé des assureurs vie progresse de 10,2 % à 1,75 milliard de francs, mais grâce à une coupe de 7,9 % dans les charges d'exploitation. Le résultat des placements, lui, recule de 8,5 %.
  • La prévoyance individuelle progresse (capital +2,5 %, rente +27,3 %) pendant que l'assurance collective LPP recule de 1,8 %. Solidité inchangée : couverture de la fortune liée à 108 %, solvabilité SST à 236 %.

La phrase du régulateur qui compte

Le rapport annuel de la FINMA sur le marché de l’assurance est un document statistique. Une phrase de la page 10 dépasse pourtant le cadre comptable : « Pour faire face à cette situation, les entreprises d’assurance-vie ont opté pour la réduction des garanties sur le long terme. En revanche, les produits avec taux d’intérêt garantis n’ont plus été proposés ou alors avec un taux garanti souvent de 0 %. »

La situation en question est décrite juste avant par le régulateur : côté actifs, les placements devaient être renouvelés en permanence à un niveau de rendement plus faible, alors que côté passifs, les engagements restaient assortis de garanties d’intérêt à long terme.

Autrement dit, les assureurs portent des promesses anciennes coûteuses, et ont cessé d’en émettre de nouvelles.

Ce que les chiffres disent de leur situation

Le rendement des placements des assureurs vie s’établit à 2,31 % en 2025, contre 2,41 % l’année précédente. C’est nettement en dessous du reste du marché : 7,77 % pour les assureurs dommages, 6,96 % pour les réassureurs, 5,00 % pour l’ensemble. La FINMA attribue l’écart à la fortune liée et à une politique de placement moins encline aux risques.

Le bénéfice agrégé, lui, progresse de 10,2 % à 1,75 milliard de francs. La cause n’est pas le rendement, et le régulateur l’écrit : cette rentabilité accrue est principalement due à une politique rigoureuse de gains d’efficience visant les charges d’exploitation, en recul de 7,9 %, ainsi qu’à une dissolution importante dans les autres engagements actuariels, pour un allègement de plus d’un milliard de francs. Le résultat des placements a chuté de 8,5 %.

Le rendement des fonds propres atteint 17,49 %, contre 15,25 % en 2024.

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Où va le marché

Les primes brutes du secteur vie atteignent 24,53 milliards de francs, en hausse de 3,7 %. Hors réassurance acceptée, la progression tombe à 0,3 %.

La ventilation est plus parlante que le total. L’assurance collective en prévoyance professionnelle, qui pèse 57,5 % du marché avec 14,12 milliards, recule de 1,8 %, et sa réserve mathématique de 2,6 %. À l’inverse, la prévoyance individuelle progresse : assurance de capital à 4,07 milliards (+2,5 %), assurance liée à des parts de fonds à 2,26 milliards (+6,9 %), et assurance individuelle de rente à 292 millions, en hausse de 27,3 % sur une base il est vrai modeste.

Le rapport ne donne pas la cause de ce recul du collectif, et il faut se garder d’en inventer une.

Le marché reste concentré : 19 entreprises assujetties, dont les six plus grandes représentent 85,2 % des affaires directes suisses. La FINMA parle d’un marché « largement oligopolistique » où il reste difficile pour les nouveaux venus de gagner des parts.

Un signal moins commenté sur le risque

Dans la comptabilité de la prévoyance professionnelle assurée, le résultat du processus de risque, celui qui couvre le décès et l’invalidité, tombe à 94 millions de francs en 2025. Il était de 379 millions en 2024, 653 millions en 2023 et 679 millions en 2022.

La FINMA note seulement que le solde des primes de risque et de frais a baissé, sans expliquer la chute. Toute cause avancée, hausse des cas d’invalidité, tarification ou reprise de réserves, serait une hypothèse et non un constat.

Sur la même comptabilité, la quote-part de distribution atteint 94,8 % au total et 93,0 % dans les affaires soumises à la quote-part minimale, pour un plancher légal de 90 %.

Ce que ça change pour votre contrat

D’abord ce que ça ne change pas : un contrat déjà conclu conserve la garantie qui y est inscrite. Le constat porte sur les produits proposés en 2025, et c’est justement le poids des engagements anciens que le rapport décrit.

Ensuite, ce que ça déplace pour une souscription nouvelle. Si la composante de rendement garanti disparaît, la valeur d’un contrat d’assurance vie se juge sur ce qu’il couvre plutôt que sur ce qu’il promet de rapporter : le capital versé en cas de décès, la garantie d’incapacité de gain, la désignation du bénéficiaire et le cadre fiscal choisi. C’est aussi ce qui distingue un contrat d’assurance vie d’un placement, et la distinction devient plus nette à mesure que la garantie d’intérêt s’efface.

Une réserve pour finir, parce qu’elle limite ce qu’on peut tirer de ce document : le rapport ne dit rien des rachats de contrats, ne compte pas les polices, et ne distingue jamais le pilier 3a du pilier 3b. Il raisonne en primes et en réserve mathématique, par branche technique. Toute lecture par régime fiscal en serait une déformation.

Sources

  1. Rapport sur le marché de l'assurance 2025, Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), 20 août 2026.
  2. Le secteur suisse de l'assurance encore plus résilient, Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), 20 août 2026.
  3. Le secteur des assurances se porte bien en Suisse, Radio Lac, 20 août 2026.

Vos questions

Mon contrat existant perd-il sa garantie ?

Non. Le constat de la FINMA porte sur les produits proposés en 2025, pas sur les contrats déjà conclus. Une garantie d'intérêt inscrite dans un contrat en cours reste un engagement de l'assureur envers vous, et c'est précisément le poids de ces engagements anciens que le rapport décrit.

Les assureurs vie sont-ils solides ?

Sur les indicateurs prudentiels, oui. Le ratio de couverture de la fortune liée s'établit à 108 % et le ratio de solvabilité moyen selon le Test suisse de solvabilité à 236 %, en hausse de 9 points, pour une exigence légale de 100 %. La FINMA parle d'un niveau de sécurité élevé et largement supérieur aux exigences.

Le rapport dit-il quelque chose des frais de mon contrat individuel ?

Non. Les 349 francs de frais par assuré cités dans le rapport concernent la prévoyance professionnelle assurée, pas un contrat individuel ni un 3a. Le document ne porte aucun jugement sur le niveau des frais facturés aux clients individuels.

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